Dans le cadre d'un projet visant à promouvoir le patrimoine industriel du Sud-Grésivaudan, les
membres de l'AISG et leur président
Bernard Gaud se sont récemment intéressés
à une ancienne usine de moulinage implantée
sur la commune de Chatte. Situé au lieu-dit " La Galicière ", l'établissement a été acquis en 1997
par Nadia et Jean-Pascal Crouzet et a fait l'objet
de la création d'une association dans l'idée de
faire revivre ce site exceptionnel.

"Les amis de la Galicière" regroupent aujourd'hui
une centaine de passionnés qui œuvrent à
promouvoir des études et recherches sur la
sériciculture, l'industrie de la soie, les familles
et les employés de cette industrie. En participant
au développement de la vie culturelle du territoire
par différentes actions, cette jeune association
cherche à agir concrètement pour la sauvegardedu patrimoine industriel local.

Une visite du site commentée par Jean-Pascal
Crouzet fut donc organisée dernièrement ;
la magie de ces lieux chargés de mille et un
souvenirs est restée totalement intacte.
Suite à la découverte, au siècle dernier, de deux
mosaïques signalées par Hippolyte Müller
(fondateur du Musée dauphinois), on peut
penser que la Galicière est implantée sur un site
romain.

Le site existant à l'heure actuelle n'a pratiquement
pas bougé depuis deux siècles, à l'exception
du dortoir en très mauvais état qui a dû être
supprimé, avec l'agrément de l'architecte des
Bâtiments de France et du Musée dauphinois.
L'ensemble comprend une dizaine de bâtiments
avec, pour les plus anciens, une maison
dauphinoise, une grange et une verrière
dont on ne connaît encore que peu de choses.
Toutefois, des photos datant du début du siècle
montrent la verrière sur l'ensemble du bâtiment qui
a été transformé en appartement vers 1902/1903.
D'après les archives retrouvées sur place, l'usine
de moulinage a été bâtie au plus fort de la
Révolution. La famille Crozel l'a acquiseen 1808 ;
la dernière descendante de cette lignée s'étant
éteinte en 1996 à l'âge de 99 ans. D'après
certains témoignages, l'usine aurait été fermée
en 1914 au moment de la mobilisation, puis sous-louée à un moulinier de Saint-Antoine et aurait
ensuite périclitée au début des années 1930,
après le krach boursier de 1929.

La fabrique se compose d'une partie haute et
une partie basse comprenant les ateliers de
préparation, une salle de dévidage, une partie
habitation ; un dortoir et la magnanerie, avec
l'ensemble de ses claies, installée dans les
combles.

Les installations hydrauliques et les mécanismes
de transmission et d'entraînement des machines
sont restés intacts ainsi que les bancs de
dévidage et les moulins à retordre essentiellement
fabriqués en noyer avec cependant quelques
pièces en buis. La main d'œuvre était
spécifiquement féminine et les ouvrières
ravaillaient, dès leur plus jeune âge, à raison de
treize heures par jour (de 5 h du matin à 7 h
du soir) avec une journée de repos hebdomadaire.




Des carnets de travail ont été retrouvés où il est
stipulé que pour pouvoir travailler en usine, il
fallait avoir un certificat médical et une attestation de l'instituteur. Leur besogne consistait à imprimer,
à un ou plusieurs fils, un certain nombre de
torsions par mètre pour consolider le fil et permettre
ainsi la fabrication ultérieure de différents tissus.
Au-delà de ce travail laborieux réalisé dans le
bourdonnement incessant des machines,
l'ambiance était plutôt bonne et les salaires,
bien que dérisoires, complétaient les maigres
budgets de ces familles rurales.

À partir de 1857, des maladies comme la pébrine
(parasite du ver à soie) et la concurrence des soies
d'Extrême-Orient portent un coup sévère aux
magnaneries. Les progrès techniques et le
remplacement de l'énergie hydraulique par
l'énergie thermique et électrique auront raison
de la plupart des usines de moulinage au XX,
siècle. Il en reste cependant une mémoire, un
savoir-faire et une culture industrielle irremplaçable
que l'on peut ressentir au travers d'un site comme la Galicière.

Les amis de la Galicière proposeront, du 16 juin
au 27 septembre, une exposition sur le site,
intitulée "Inconnus à la fenêtre", présentant
une centaine de portraits géants pris entre 1899
et 1911 par le chanoine Crozel qui ont été
retrouvés dans les greniers de la fabrique basse.

Pour tout renseignement : 04 76 38 85 77 ou
www.galiciere.com

Opération que, dans les filatures, on fait subir au
fil de soie provenant des cocons, ou soie grège,
dans le but de le consolider, et qui comprend
trois manutentions: le purgeage ou tavetage,
consistant en un dévidage de la soie grège ;
e doublage, qui a pour but de réunir deux des fils
Purgés ou tavetés; enfin, le retordage ou
moulinage proprement dit, qui consiste à réunir
quatre à quatre les fils déjà doublés, en leur
donnant un léger retors.

V. Cattiaux
In le Mémorial de l'Isère n°2833 du 29 mars 2002

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